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Gay Michel

Léo Lélée Peintre et Illustrateur
Editeur Serge Popovitch (1994)

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Léo Lélée Peintre et Illustrateur
Editeur Serge Popovitch (1994)

Extrait p. 33

Lélée cherche en tout la perfection, dans son art comme dans les moindres actions. Il s'insurge et vitupère contre l'incompétence, l'inconscience, la médiocrité qu'il rencontre le plus souvent sur sa route. En toute conscience il s'en confie à Frédéric Mistral, le conseiller, le juge, la référence, le Maître incontesté des arts et des lettres, qui n'a jamais ménagé son cordial soutien au Peintre des Arlésiennes.

Dans une longue lettre du 8 avril 1904 l'artiste détaille la seconde Festo Vierginenco et ses points noirs : la cohue, l'estrade envahie, les incartades de Vanel, celles des soldats qui pinçaient la taille des « chatouno », la défection du concierge' D'instinct il a pris toutes les mesures pour que la fête connaisse malgré tout un véritable triomphe.

Aussi le Maître de Maillane confie-t-il à Lélée l'organisation matérielle des principales fêtes. Il lui demande conseil sur les sujets les plus divers et s'en remet entièrement à son jugement.

Dès 1905, Lélée s'exprime en provençal, presque sans faute à la grande satisfaction du Maître, de ses amis félibres et des membres de « L'Escolo mistralenco », comme cette lettre du 12 août 1905 figurant au Fonds Mistral de Maillane.

C'est dans la salle de l'hôtel du Forum, décorée par Lélée, qu'on fête les soixante dix-huit ans de l'auteur de Mireille, le 8 septembre 1908. Occasion pour Jules Charles-Roux, Folco de Baroncelli, Pranishnikoff et Deloncle de mettre au point leur projet d'ériger Place du Forum la statue de Mistral par Théodore Rivière, lors du jubilé de « Mireille », fin mai 1909.
Lélée en compose les invitations, les programmes et surtout les superbes affiches qui attirent plusieurs dizaines de milliers d'acteurs ou de visiteurs et valent à la Fête un immense succès, sous la présidence effective de Gaston Doumergue, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts. A noter que cette affiche sera souvent reprise quand on rejouera Mireille, comme ce fut le cas récemment, en 1993 à Paris.

Ces fêtes marquent, pour le Peintre des Arlésiennes, le début d'une nouvelle notoriété qui lui vaut, dans l'immédiat, une commande de quatre dessins pour « Les fleurs de Glais » et pour « Les Trois Rois » traduits des Mémoires de Mistral pour la revue catalane « La Rondella del Dijous ».

Suivent une centaine de dessins pour « Impressions of Provence » de Percy Allen, éditées à Londres et une quarantaine pour « Eine Winterfahrt durch die Provence » de Werner Von der Schulenburg éditée à Berlin. Puis une soixantaine de dessins à la plume pour « La Pierre Ecrite » de Roux-Servine, des gravures pour « The Spell of France » de Boston, d'autres pour les « Poutres d'angles d'Arles » de Marius Jouveau et pour la revue espérantiste régionale « Tra Provenclando ».

Plus tard Lélée réalisera trente lithographies pour « Trois Odes des Iles d'Or » de Frédéric Mistral, puis en 1947, l'illustration de « Mireille ». C'était pour l'artiste la meilleure façon de rendre hommage aux mânes du poète, dans l'apothéose de son chant du cygne »